Le rapport de territoire, communauté et croyance de l’individu dans sa participation au financement participatif / Crowdfunding. Partie 5: Un outil convivial ?

par | Juin 24, 2015 | Blog | 0 commentaires

4. Le financement participatif un outil convivial ?

Confiance, empathie, entraide et don sont des valeurs essentielles et propres au financement participatif, ce sont aussi des valeurs prônées dans toutes les religions. A l’origine souvent basées sur les valeurs individuelles et comportementales à adopter pour venir en aide aux plus démunis et assurer la solidarité d’une commuté, ces valeurs de charité, don, compassion, d’entraide… ont toujours cherchées, partant des sentiments individuels les meilleurs, à s’organiser et à se structurer pour venir en aide aux plus grands nombre.

Les intentions sont louables mais une organisation de toutes ces valeurs individuelles est-elle vouée à l’échec? Dans son dernier ouvrage « La corruption du meilleur engendre le pire, entretiens avec David Cayley, Actes Sud, 2007 » Ivan Illich nous challenge sur cette question. Car selon l’auteur à de multiples reprise dans l’histoire, il a été possible de constater qu’une organisation en commun et notamment par la création de structure d’aide, rompt le lien empathique initial d’individu à individuAinsi, en s’organisant, l’essence de la volonté d’agir se dissipe au fur et à mesure qu’elle se structure. S’en suit un individualisme de plus en plus important et une demande de la structure de plus en plus importante en terme de moyen pour combler le manque de spontanéité de l’aide.

Cette idée été déjà présente dans ses propos de jeune écrivain par l’inefficacité structurelle à long terme « Lorsqu’une activité outillée dépasse un seuil défini par l’échelle ad hoc, elle se retourne d’abord contre sa fin, puis menace de destruction le corps social tout entier. » — Ivan IllichLa convivialité, Paris, Éditions du Seuil, 1973, p. 11. Plusieurs raison sont induites à ce phénomène :

  • Déculpabilisation structurelle: En sachant qu’une structure/organisations existe pour s’occuper des gens dans le besoin, nous, individuellement, ne sentons pas le besoin de venir directement en aide à cette personne.
  • Destruction de l’autonomie : Quand elle n’est pas pour répondre à un besoin d’urgence délimité dans un espace-temps mais que l’aide s’inscrit dans une aide constante on constate la création de dépendances à cette aide organisé. C’est le problème qu’on rencontrés bon nombres de missions humanitaires et que continue de rencontrer bon nombre d’ONG aujourd’hui.
  • Création d’une demande sans fin et contre-productivité : les besoins vont perpétuellement augmenter, notamment en couts de structure : cela est observable aujourd’hui par exemple dans les systèmes de santé qui devrait être de moins en moins cher et de plus en plus efficace chaque année au fil des années or c’est tout l’inverse..

Ivan Illich nous propose sa solution par l’utilisation de l’outil convivial qu’il définit comme un outil qui ne doit pas créer d’inégalités, qui doit renforcer l’autonomie de chacun et qui doit accroître le champ d’action de chacun sur le réel. Pouvons-nous alors considérer le financement participatif comme un outil convivial qui permettrait d’éviter la contre-productivité ?

Peut-être, puisque via un circuit court, le financement participatif cherche par l’apport de bonnes intentions, d’exemples de projets réussis, de contreparties, de transparence, à casser cette barrière mais il reste encore beaucoup de travail à faire pour dissiper les peurs et les blocages vers la confiance aux choses qui nous sont étrangères.

L’application de cette réflexion prend son sens lorsque le financement participatif se modélise vers l’économie collaborative. Dans ce que l’on appelle aussi l’économie du partage, la plateforme espagnole Goteo.org s’affiche en précurseur car elle intègre dans sa finalité une production distribuée. Dès lors ne peut-on pas parler d’un outil convivial si son but ultime semble bien être de recréer cette connexion, ce lien empathique direct d’individu à individu, qui pour aider, soutenir une personne, un projet, ou même une idée peut le faire à distance, sans barrières géographiques ?

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