3. Les Croyances

La croyance engendre l’action, à construire, à établir un système, une société, autour d’elle.

La croyance est la base de notre économie marchande, la valeur de la monnaie fiduciaire n’est que croyance et confiance dans des institutions.

Notre système s’auto alimente de cette croyance pour pérenniser son implantation dans l’acquisition de capital. L’argent suit un circuit que les institutions en places cherchent à maitriser et pérenniser pour assoir leurs propres stabilités. Géopolitiquement parlant la puissance de l’argent investie reste, avec la violence, le principal outil pour appuyer la diffusion de croyances. L’argent a toujours été lié à la diffusion et domination d’institutions politiques, industrielles, religieuses qui en maitrisant ses circuits maitrisaient aussi l’expansion de leur pouvoir. La dette est un moyen de maitrise et de contrôle de ce circuit, aidé par des outils comme le taux d’intérêt.

Or en ayant des racines aussi profondes dans la confiance, l’argent a toujours subit de plein fouet les crises de croyance de ses fidèles.

Une confiance perdue dans les institutions à des effets visibles sur la croyance, qu’elle soit d’ordre religieuse, d’une croyance dans le futur, a une croyance dans un système, ou encore une croyance dans une valeur, cela se répercute sur d’importantes crises de confiance qui ébranle un fonctionnement, un pouvoir, une valeur établie.

Il y a bien ici une double corrélation dans le rapport croyance et argent : D’un côté l’argent va soutenir une croyance via le pouvoir d’action qu’il alloue et à l’inverse les croyances vont directement influencer la direction et la valeur du flux monétaire.

Jusqu’à présent la pierre angulaire de cette architecture été le rôle centrale des institutions qui centralisaient et rediffusaient en quelques sorte de la croyance symbolisée via l’argent.

Avec une croyance occidentale en crise beaucoup d’institutions apparaissent comme dépassées dans leurs finalités mais aussi dans leurs fonctionnements, elles ne correspondent plus aux attentes des nouvelles générations. Dépassées par de nouveaux outils pour des raisons de simplification comme la pleine intégration des nouvelles technologies, la relation directe, la diminution des couts, l’adhésion à un projet particulier (et non une entité), l’implication dans le processus de décision, la transparence, l’implication dans un processus créatif, etc..

La gestion financière va se diriger vers une gestion plus personnelle et responsable de ses ressources et de son capital. Les nouvelles tendances de la finance alternative embrassent mieux les aspirations, les volontés et les croyances du moment. Tous les secteurs du financement participatif explosent en termes de croissance. Dans le prêt, le don, le capital, la souscription, l’argent passe de plus en plus en dehors des institutions selon des décisions individuelles et motivés par le développement de réseaux et de connexions.

La croyance va donc considérablement influencer les directions du financement participatif. Alors qu’elles sont les premières observations que l’on peut faire ?

Qu’elle soit religieuse ou pas, n’y a-t-il pas aussi de la croyance lorsque l’on va donner/prêter de l’argent à des personnes parfois à l’autre bout du monde que l’on ne connait pas ! La notion de temporalité est aussi, lorsque l’on parle de croyance, indissociable, la religion en est peut être le meilleur exemple. Qu’est-ce que la religion si ce n’est une croyance intemporelle qui permets aux hommes de dépasser leurs finitude ?

Les fervents croyant vont donc être incités à utiliser le financement participatif au sein de leur communauté mais aussi pour simplement agir en faveur de leur croyance/religion. Par exemple avec le don et/ou en permettant la création de projets qu’ils vont juger bénéfique pour le présent et/ou pour le futur. D’après l’étude mené par Reitsma et al.(2006) auprès d’échantillons représentatif de 7 pays européens sur le don «La fréquentation des églises, la conviction religieuse et une attitude religieuse active affectent les dons intentionnels positivement. La religiosité d’un réseau a un effet additionnel. La fréquentation à l’église est positivement lié à la aptitude à donner. Cependant, les personnes ayant principalement leurs amis avec les mêmes opinions religieuses qu’eux sont moins disposés à faire un don (à la charité) « (Reitsma et al, 2006: 347).

Certaines appartenances communautaires/religieuse vont donc freiner grandement la propension à utiliser le financement alternatif par effet de fermeture communautaire et/ou a financer certains projets qui ne correspondent pas aux valeurs religieuses comme parfois les projets portés par des femmes.

  • Suivant le même principe que celui du territoire et celui des communautés, dans cette grande explosion en 2014 du financement participatif, beaucoup de nouvelle plateformes se sectorise par et/ou pour les personnes croyantes.
  • Ainsi beaucoup se créer pour intégrer des règles de conduite religieuse dans leur fonctionnement comme c’est le cas avec la finance islamique qui cherche à respecter l’éthique et la morale notamment par une interdiction de l’intérêt et la responsabilité sociale de l’investissement. La finance islamique ne voulant pas laisser de place à la spéculation et respecter ses principes de justice, équité et transparence certaine plateforme comme Easi Up, ou Aoon intègrent pleinement ses spécificités et en font une force.
  • Le même phénomène est observable dans la religion chrétienne (CredoFunding, Launch Good) ou juive (Jfunding).
  • L’exemple de la gestion des catégories de préteurs de la plateforme de micro crédit sans but lucratif et à vocation humanitaire : Kiva est très révélatrice des différentes dimensions du placement identitaire face au financement participatif.
  • Une étude de recherche s’appuyant grandement à partir d’une enquête aux utilisateurs de la plateforme basée à San-Fransico fait même une passerelle entre crowdfunding et religion. Car chose très intéressante on observe une organisation basé en groupe qualifié « d’équipes » mixant à la fois des groupes privés d’amis ou d’entreprises, des groupes issus d’une appartenance géographique et des groupes se revendiquant une appartenance religieuse précise. Kiva a trouvé un moyen intéressant pour lancer une dynamique et inciter les individus à utiliser cette plateforme en leur permettant de revendiquerleurs sentiments d’appartenance premier et donc de s’identifier en tant que membre d’une tribu. Ainsi une compétition s’est mise en place avec un classement mensuel et total des communautés les plus actives. Chose intéressante le groupe qui a le plus donné à travers la plateforme Kiva est l’équipe des Atheistes/ Agnosticisme & autres Septiques qui avec plus de 20 millions de $ prêtés est justement le groupe qui ne se réclame d’aucune tribu en particulier… les personnes appartenant au groupe se rejoignent simplement autour d’une vision humaniste d’entraide internationale…

Les chiffres de kiva ne font pas mentir les travaux de Saroglou et al. (2005) qui dévoilé l’existence d’une corrélation positive limitée entrereligiosité et pro-socialité. Le terme « limité » suggère un niveau de comportements pro-sociaux tels que les actions à faible coût mais qui ne se développe pas jusqu’au actions à coût élevé (dons). Cette constatation corresponds aussi au travaux des psychologues sociaux (Batson et al., 1993) dont la recherche suggère aussi que l’effet de la religion sur le comportement pro-social est limitée à des actions peu coûteuses.

Entre un comportement qui exprime son appartenance à une communauté ou une compétition entre tribu et croyance religieuse, kiva reflètent avant tout qu’une grande diversité de communautés s’emploie à faire confiance et venir en aide à des étrangers.

(A suivre : 5 .Le financement participatif un outil convivial ? )